Mes trois filles vont assister à leur premier concert avec moi

Un survivant du Bataclan évoque son parcours depuis l’attentat

Le récit d’un des rescapés de l’attentat du Bataclan fait écho à la douleur et aux traumatismes persistants que peuvent vivre les victimes. Cette parole, puissante et révélatrice, montre le chemin difficile qu’ils doivent parcourir pour se reconstruire.

Les premières heures après le drame

« À peine sorti du Bataclan avec les membres d’Eagles of Death Metal, je les mets dans un taxi et je monte dans le suivant », raconte l’homme qui a vécu cette expérience traumatique. Il se souvient avoir appelé sa femme pendant qu’elle dînait chez des amis : « Quand elle monte dans la voiture, elle est saisie par mon odeur : on pue la sueur quand on a peur. » De retour chez lui, il se met sur Facebook pour prendre des nouvelles de ses amis présents au concert. Des nuits difficiles s’ensuivent. « Je m’endors sans trop de souci, mais je me réveille vers 3 ou 4 h du matin et je cogite. Et ce sera comme ça toutes les nuits suivantes », partage-t-il.

Mes trois filles vont assister à leur premier concert avec moi

Une prise de conscience douloureuse

Dès son retour au travail le lundi suivant l’attentat, il commence à ressentir une profonde détresse psychologique. Il confie : « Je fais ma première crise de panique dans le RER ». La photo publiée dans un tabloïd anglais redéfinit alors son statut : « Le déni n’est plus possible. J’étais persuadé d’être plus témoin que victime ». Ce n’est qu’en décembre qu’il accepte d’être reconnu comme victime. Pour faire face à ce stress post-traumatique, il entame un suivi thérapeutique en janvier et prend des anxiolytiques pendant neuf mois afin de pouvoir dormir.

Des séquelles durables

Une nouvelle crise survient lors du feu d’artifice du 13 juillet 2016 lorsqu’il ressent de nouveau une hypervigilance provoquée par une odeur familière : « L’odeur de la poudre ». Grâce aux thérapies suivies avec son psy, il apprend à gérer ces crises malgré leur impact durable sur sa vie quotidienne. Il évoque également cette pression sociale qui peut être pesante : « Ces autres qui ont parfois une bienveillance maladroite. Personne ne mesure les effets secondaires de ce qui nous est arrivé ».

Créer un avenir collectif

Maureen Roussel, aussi rescapée du Bataclan, fonde Life for Paris pour regrouper ceux touchés par ces événements tragiques. L’homme devient président de l’association un an après sa création ; cependant, face à l’escalade des procédures légales liées aux procès sur les attentats du 13 novembre, ils décident ensemble de dissoudre l’association en 2025 pour symboliser leur volonté collective d’aller au-delà du statut de victime. « Cette dissolution effraie la plupart des adhérents », constate-t-il pourtant consciente que chacun comprend désormais qu’ils doivent avancer sans cette béquille institutionnelle tout en restant soudés.

Regard vers l’avenir

L’articulation entre mémoire individuelle et récit collectif se révèle importante pour cet homme qui affirme avoir besoin de distinguer souvenirs personnels et récits fictifs autour des événements tragiques. Dans son livre intitulé *Vivre après le Bataclan*, publié aux Éditions du Cerf, il souligne la nécessité que cela ne soit pas oublié par la génération future : « L’important est que la génération d’après en fasse quelque chose ». Alors qu’il envisage maintenant le moment où ses filles assisteront à un concert avec lui – « J’aurai forcément une appréhension » –, il rappelle que vivre c’est avant tout accepter certains risques – faisant preuve ainsi d’une résilience admirable face aux défis posés par ce terrible événement.

Journaliste spécialisé dans l’actualité, je combine dix ans d’expérience en rédaction avec une curiosité constante pour la société et l’innovation. Marié et passionné de randonnée, j’aime partager une information claire, fiable et accessible à tous.