Anthropic a interrogé 1 334 salariés : ils sont plus convaincus que nous que l'IA prendra des emplois

Les salariés d’Anthropic, la start-up spécialisée dans l’intelligence artificielle, anticipent des bouleversements bien plus profonds que les Américains interrogés. Dans une étude intitulée « The AI expectations gap », publiée vendredi, l’entreprise confronte les réponses de citoyens américains adultes à celles d’un sondage interne auprès de 1 334 employés. Ces derniers sont nombreux à penser que l’IA prendra en charge au moins 80 % de leur travail d’ici 2030, une opinion partagée par environ 5 % des travailleurs américains.

  • Les employés d'Anthropic pensent que l’IA prendra une part importante de leur travail d’ici 2030.
  • Ils sont plus optimistes que la majorité des Américains sur le développement et l’impact de l’IA.
  • Les écarts s’expliquent par leurs accès à des outils avancés et leur secteur technologique.
  • Le PDG d'Anthropic prévoit un grand changement dans l’emploi et la croissance économique lié à l’IA.

Anthropic a interrogé 1 334 salariés : ils sont plus convaincus que nous que l’IA prendra des emplois

Le rapport met en évidence un écart marqué entre la manière dont les employés de la start-up perçoivent l’IA et le regard des autres adultes du pays. Les salariés d’Anthropic se montrent beaucoup plus optimistes sur les progrès des capacités de l’IA, sur le temps qu’elle permet déjà de gagner et sur la vitesse de la croissance économique. Pour le salarié médian, d’ici la fin de 2030, l’IA devrait assurer 95 % du travail nécessaire à la construction d’un nouveau modèle d’IA.

Peter McCrory, économiste en chef d’Anthropic, a expliqué sur X que ces résultats pourraient aider les acteurs extérieurs à se préparer à des systèmes d’IA plus performants. « Nous publions ces travaux parce qu’Anthropic accuse environ un an et demi d’avance sur l’économie en matière d’adoption de l’IA, donc ce qui se passe chez nous pourrait être un indicateur avancé pour le reste du monde », a-t-il déclaré.

Un fossé sur l’emploi et la croissance

Les enquêtes ont porté sur la façon dont les travailleurs utilisent déjà l’IA et sur ce qu’ils pensent de son évolution. Les chercheurs notent que « les adultes américains et le personnel d’Anthropic s’accordent largement sur ce que l’IA peut faire aujourd’hui ». En revanche, ils divergent sur la rapidité de ses progrès, sur l’ampleur de son utilisation et sur l’importance des gains de productivité mesurés en temps gagné.

Plusieurs pistes sont avancées pour expliquer ces écarts. Les employés d’Anthropic disposent de budgets plus importants pour leurs outils et ont souvent accès à des modèles non encore publiés. À l’inverse, les travailleurs américains sont en moyenne davantage présents dans les métiers manuels ou dans les services.

Les chercheurs constatent que les travailleurs des métiers manuels, de la production et des transports pensent que l’IA prendra en charge la plus petite part de leur travail d’ici 2030. Les employés d’Anthropic, les professionnels du secteur technologique et les répondants issus des affaires et de la finance ont des anticipations bien plus élevées.

Sur le chômage, la plupart des employés d’Anthropic interrogés s’attendent à un taux supérieur à 12 % en 2030. La majorité des travailleurs américains estiment qu’il se situera autour de 8 % ou en dessous, alors qu’il s’établit actuellement à 4,2 %. Les données restent toutefois contrastées : une équipe de Yale a constaté que l’IA avait surtout transformé des emplois, sans « aucun lien » avec l’évolution du chômage.

Pour la croissance, la réponse médiane des adultes américains annonce un PIB en hausse de 5,4 % en 2030, contre 17,1 % chez les employés d’Anthropic.

Un discours aligné sur celui de Dario Amodei

Le PDG d’Anthropic, Dario Amodei, est devenu l’une des voix les plus suivies du secteur sur les bouleversements du marché du travail. En mars 2025, il a affirmé que l’IA écrirait 90 % du code dans un délai de six mois, et « pratiquement la totalité du code » dans l’année. En mai, il a déclaré à Axios que l’IA pourrait supprimer la moitié des emplois de cols blancs débutants dans les cinq ans et faire grimper le chômage à 10 % ou 20 %.

Dans un essai publié plus tard, il écrit que l’IA se distingue des précédentes innovations technologiques et prévoit un choc à court terme « sans précédent » pour l’emploi, ainsi qu’une croissance économique marquée. « L’IA ne remplace pas des emplois humains spécifiques, mais constitue plutôt un substitut général au travail humain », écrit-il.

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