Le sénateur David Margueritte, rapporteur du projet de loi « casseur-payeur », défend un texte adopté au Sénat le 28 octobre. Présenté en conseil des ministres le 16 septembre, il n’avait pas été conçu pour répondre aux saccages des 17 et 18 octobre, mais son groupe y a fait ajouter de nombreuses dispositions.

Après dix jours d’absence, le sénateur a retrouvé les siens, et son petit dernier l’a interpellé d’un « David! » sans détour. Le message était clair : l’élu passe beaucoup de temps entre les murs capitonnés du palais du Luxembourg. « Il était temps que je rentre », reconnaît-il. Il dispose désormais de trois jours de repos en famille.
Comment distinguer le manifestant du pilleur ?
Dans sa version initiale, le texte comptait cinq articles. Il prévoyait le principe de responsabilité civile solidaire pour quiconque participerait, par sa simple présence, à un rassemblement violent. Il instaurait aussi l’interdiction administrative de manifester, inspirée des interdictions de stade, ainsi que la saisie des prestations de base, dont l’APL et les allocations familiales.
David Margueritte, avocat de formation, est copilote d’une mission d’information sur « l’avenir du maintien de l’ordre ». Ses conclusions ont été rendues au moment même des pillages. Lui et son groupe ont alors fait ajouter quinze articles. Parmi eux figurent l’extension de la suspension des minima sociaux, comme le RSA, la pénalisation systématique du visage masqué durant les manifestations, quelles qu’elles soient, et l’interdiction du territoire pour les étrangers impliqués. Ces dernières mesures entrent pourtant en conflit avec le principe constitutionnel d’individualisation des peines.
« On doit s’adapter à la violence qui monte dans le pays », alerte le sénateur. Depuis 2016, estime-t-il, l’infiltration des cortèges par des mouvements radicaux a changé la donne. « Nous ne sommes plus dans une logique partenariale, mais beaucoup plus dans la confrontation. » Il tient néanmoins à établir une distinction : « Un manifestant n’a rien à voir avec le casseur et le pilleur. Les deux doivent être traités comme des adversaires de la manifestation. La priorité est de protéger les biens et les personnes, pas de rédiger des procès-verbaux qui tomberont pour vice de procédure. »
La vie de famille et l’engagement politique
Élu de droite depuis toujours, David Margueritte prend sa première carte à 15 ans, au RPR, puis se présente aux cantonales à 23 ans. Son école politique, c’est Cherbourg, ville qu’il décrit comme socialiste « depuis toujours ». Il y a appris la confrontation dans l’opposition. Il évoque 2014, année où il a « failli gagner », puis 2020 et sa présidence de l’agglomération. Proche d’Hervé Morin, dont il fut vice-président à la région en 2015, il entretient aussi une proximité personnelle avec Bruno Retailleau.
Ses enfants ont 4 et 7 ans. Sa femme, Camille, était infirmière libérale. Ils se sont rencontrés lorsqu’elle a rejoint sa liste aux municipales de 2014. Après dix ans à la tête de l’opposition municipale, elle a été élue maire de Cherbourg en 2026, à la surprise générale. Il ne s’en formalise pas : « Elle a fait une campagne bien différente de celle que j’aurais menée, disruptive, très axée sur les réseaux sociaux. Elle n’avait pas peur de dire ce qu’elle pense, et elle a su capter un électorat très éloigné du mien. »
À 46 ans, David Margueritte se dit comblé. « Je me sens à ma place au Sénat », confie-t-il. Il avait d’abord été le suppléant de Philippe Bas, nommé au Conseil constitutionnel en 2025.