Sorti au Japon en juillet 1988, le film d’animation Akira, de Katsuhiro Otomo, a été mal accueilli par une partie de la critique américaine à son arrivée. Plus de trente ans après, son influence s’étend au cinéma hollywoodien, aux jeux vidéo et à la musique.

Un récit de science-fiction tourné vers le chaos
Adapté par Katsuhiro Otomo à partir de son propre manga, le film se déroule dans un Tokyo futuriste qui peine à se remettre d’une catastrophe. La ville, baptisée Neo-Tokyo, cumule les problèmes urbains : des bandes de motards terrorisent les rues, les politiciens luttent pour conserver le contrôle, et l’armée mène des expériences clandestines. Au cœur de l’intrigue, deux adolescents, Kaneda et Tetsuo, voient leur amitié basculer lorsque Tetsuo, enlevé puis soumis à des expériences, développe des pouvoirs psychiques terrifiants. La menace pour Neo-Tokyo ne vient alors plus d’un gang de rue, mais d’un adolescent qui peine à maîtriser ses propres capacités.
Lors de sa sortie américaine en 1990, certains critiques ont jugé l’histoire difficile à suivre, tandis que d’autres ont été peu convaincus par la violence incessante du film. Le Los Angeles Times l’a qualifié de « balivernes high-tech venues du Japon », une appréciation sévère pour une œuvre qui deviendrait par la suite une référence de la science-fiction.
Une influence qui dépasse le cinéma d’animation
Sur le plan visuel, le film se distingue par une ville dense, aux publicités lumineuses et aux immeubles imposants, ainsi que par ses séquences de motos. Plus de 160 000 cellulos ont été nécessaires à la réalisation de l’animation, qui comporte des détails rarement tentés dans les films de l’époque.
Les traces de l’œuvre se retrouvent dans plusieurs productions à succès. Les Wachowski ont admiré l’animation japonaise lors de l’élaboration de Matrix, et l’atmosphère futuriste de ce film présente selon l’article des points communs avec Akira. La série Stranger Things joue elle aussi avec des images qui rappellent le travail d’Otomo, tout comme le clip de « Stronger », de Kanye West. La couverture d’un numéro de la série Absolute Batman reprend par ailleurs en hommage l’affiche célèbre de Kaneda. Des rumeurs évoquent enfin une adaptation en prise de vues réelles.
Le jeu vidéo a également puisé dans cet univers. Les immeubles et les rues lumineuses de Neo-Tokyo invitent les joueurs à s’y perdre, et les motos du film sont devenues particulièrement reconnaissables. Leur influence se retrouve aussi dans l’illustration, la mode et diverses créations numériques. Pour l’auteur de l’article, la plus grande réussite d’Otomo tient peut-être à la manière dont il a traité l’animation, sans la cantonner à un format modeste, en proposant une épopée de science-fiction d’une ambition comparable à celle d’une grande production hollywoodienne.