Sur la minuscule île de Serua, aux Fidji, les habitants refusent de quitter leur village malgré la menace du changement climatique et de la montée des eaux. Parmi les raisons de cet attachement à cette terre, une « vue à 100 millions de dollars » sur le coucher du soleil.

Depuis l’île principale de l’archipel, située juste au nord, Serua apparaît idyllique : deux collines escarpées couvertes de palmiers encadrent le centre de faible altitude de cette île bordée de récifs coralliens gorgés de poissons. Dès que l’on y accoste, les dangers deviennent visibles. Une digue en béton constitue le seul rempart contre les vagues.
Cyclone de catégorie 5
« Plus la pression atmosphérique est forte, plus les vagues sont hautes. Elles s’engouffrent donc au cœur du village », explique Avenai Ranuku, un habitant de l’île. Lorsque des cyclones frappent, des dizaines de maisons, les cultures maraîchères et les tombes sont menacées.
L’eau vient lécher les pieux en béton où se trouvaient autrefois des habitations et un hôpital, à l’extrémité est de l’île. Deux maisons ont été déplacées de la partie ouest, où le terrain a été emporté par les eaux.
En 2016, alors qu’il était plus jeune, Avenai Ranuku a vu le cyclone Winston, de catégorie 5, frapper l’île. La population s’était réfugiée sur l’un de ses sommets. « C’était terrifiant. » « Dès que le chef l’a annoncé, nous sommes montés avec tous les villageois. Personne n’a été laissé pour compte. Nous aidons tout le monde, nous transportons tout ce qui se trouve dans les maisons, la nourriture. C’est notre plan d’évacuation. » Depuis ce refuge, il entendait « les vagues déferler tout autour et les toits des maisons emportés par les eaux ».
« Air pur »
Selon un rapport du Secrétariat général de l’ONU publié en août, le niveau de la mer s’élève à un rythme record, sous l’effet du réchauffement des océans et de la fonte des glaciers. Dans le Pacifique, comme aux Fidji, ces changements sont déjà une réalité. Pourtant, ni la menace des cyclones ni celle de la montée des eaux ne suffisent à décider les habitants de Serua à déménager.
« On adore cette île, vous savez. L’air pur, aller pêcher tous les jours, voilà pourquoi on ne veut pas partir », affirme Avenai Ranuku. Un autre habitant raconte que « beaucoup de gens racontaient autrefois qu’ils allaient dans cette maison sur la colline pour admirer le coucher de soleil : c’est une vue qui vaut 100 millions de dollars ».
Menace constante
En 2025, le village a collaboré avec l’ONG Habitat for Humanity pour élaborer un plan détaillé de réduction des risques de catastrophe, alors que la plupart des habitants avaient rejeté les appels à la relocalisation. Ils préfèrent protéger leur foyer ancestral et leur culture, intimement liés à cette terre.
Selon le rapport, l’île « manque de brise-lames naturels (et) est constamment menacée par l’élévation du niveau de la mer et les cyclones ». Il souligne que Serua subit des débordements de digues plus fréquents lors des marées hautes et des marées exceptionnelles, une intrusion saline affectant la fertilité des sols, ainsi que des eaux stagnantes après les précipitations, ce qui accroît les risques sanitaires.
Plus de 50 % des habitations présentent à la fois des fondations et des toitures instables, ainsi que des joints, des murs et des contreventements fragiles, ce qui les rend particulièrement vulnérables aux cyclones et aux phénomènes météorologiques extrêmes. Seules trois maisons sont aptes à y résister. Après ces conclusions, le village s’est immédiatement attelé à la tâche.
En octobre 2026, des dizaines d’ouvriers rénovent des habitations le long de la côte nord. Les murs fragiles et les toitures en tôle ondulée sont démontés, puis évacués par bateau. Certaines maisons ont déjà été surélevées pour réduire le risque d’inondation, et d’autres vont bientôt suivre. « Pourquoi voudrions-nous partir ? », lâche Avenai Ranuku, le regard au loin.