À 41 ans, Mihirkant Upadhyaya, responsable de programme dans la chaîne d’approvisionnement chez Intel, a entrepris un MBA pour progresser dans sa carrière, alors qu’il est déjà titulaire d’un doctorat. Dans un témoignage recueilli par Business Insider, qui a vérifié son emploi et son parcours, il explique que ce diplôme lui apporte des compétences que l’intelligence artificielle ne possède pas.

Un doctorat en nanosciences, puis un poste chez Intel
Après des études de génie informatique, Mihirkant Upadhyaya, aujourd’hui âgé de 42 ans et installé dans l’Oregon, s’est tourné vers la physique. Deux masters et un doctorat en science et ingénierie à l’échelle nanométrique plus tard, il a rejoint Intel en 2015, dans l’industrie des semi-conducteurs. Pendant sa thèse, il avait travaillé sur la lithographie EUV, une technologie de fabrication de puces.
Il dit avoir été heureux de rejoindre une entreprise qui conçoit et fabrique elle-même ses puces. Il estime toutefois qu’un doctorat n’est pas indispensable dans ce secteur, où de nombreux métiers existent en dehors du laboratoire, dans la finance ou le juridique. Pour lui, son doctorat lui a surtout donné de la discipline, de l’aisance face à l’ambiguïté et la confiance nécessaire pour prendre en charge des résultats. Il évoque aussi les doutes ressentis, en vivant avec une bourse modeste pendant que ses anciens camarades gagnaient bien leur vie.
Un manque de compétences identifié
Après environ cinq ans en recherche et développement, il a rejoint des fonctions de chaîne d’approvisionnement, qui impliquent la gestion de relations et la négociation de contrats. C’est là qu’il a constaté certaines lacunes. Lors d’une présentation devant une équipe de direction, son manager a dû intervenir à plusieurs reprises pour faire réagir la salle, en reformulant ses propos en termes plus stratégiques. Il a aussi eu du mal à comprendre certains points lors de négociations menées avec les équipes finance.
En septembre 2025, il a commencé un MBA hybride de deux ans, en parallèle de son emploi à temps plein. Il suit des cours en ligne trois jours par semaine et consacre une semaine par trimestre aux sessions en présentiel. Son entreprise finance en partie la formation, ce qui n’est pas négligeable, un MBA pouvant coûter 100 000 dollars.
Il estime avoir investi environ 100 000 dollars dans ses études supérieures, hors bourses et exonérations de frais de scolarité. À l’issue de son MBA, il aura effectué neuf années d’études après son diplôme de premier cycle. Il assure ne pas avoir cherché à accumuler des titres : selon lui, chaque diplôme devait servir sa carrière à un moment précis, et le MBA répond à un manque concret identifié après des années dans son secteur.
Rester irremplaçable à l’ère de l’IA
Le boom de l’IA l’a conduit à s’interroger sur sa propre valeur ajoutée. Il a constaté que certaines de ses tâches pourraient être automatisées, une prise de conscience qui l’a rendu plus humble. Plutôt que de rivaliser avec ce que l’IA fait déjà bien, il a choisi de renforcer les domaines où elle reste limitée. Selon lui, elle excelle dans le traitement et l’analyse de l’information, avec une grande échelle et une grande vitesse, mais elle manque d’un jugement véritablement perspicace, celui qu’une personne acquiert après des années de pratique.
Chez Intel, il a constaté que l’IA ne pouvait pas l’aider à résoudre des problèmes liés à des équipements nouveaux ou sur mesure, faute de prendre en compte un contexte aussi spécifique. Dans son poste actuel, elle pourrait sans doute générer des modèles financiers, mais elle « ne peut pas lire la salle », nouer des relations ou créer une synergie avec une autre personne. Son MBA, qui multiplie les travaux de groupe, y compris en ligne via Zoom, lui permet de travailler ces aspects.
Il pense qu’à l’ère de l’IA, trouver un domaine qui passionne, en devenir expert et rester curieux peut aider à devenir irremplaçable. Intel a refusé de commenter, en réponse à la demande de Business Insider.