La culture de l'opium en Afghanistan : une production quadruplée malgré l'interdiction des talibans

La culture du pavot à opium fait son retour en Afghanistan, quatre ans après son interdiction par les talibans. Selon un rapport de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), publié jeudi 29 octobre, les surfaces cultivées sont passées de 10 000 hectares en 2025 à 43 000 hectares en 2026. La production d’opium a, elle, été multipliée par cinq, atteignant 1 500 tonnes.

La culture de l’opium en Afghanistan : une production quadruplée malgré l’interdiction des talibans

Le pays a longtemps été le premier producteur mondial d’opium, avant que les talibans n’en interdisent la culture en 2022. Depuis, les campagnes d’éradication ont poussé certains agriculteurs à dissimuler leurs plantations au milieu des champs de céréales, derrière des murs ou dans des zones isolées.

« Sans l’opium, nous ne pourrions pas nous nourrir »

Dans la province du Badakhshan, devenue la principale zone de production du pays, des agriculteurs continuent de cultiver le pavot malgré les risques. « Les talibans ne nous autorisent pas à cultiver l’opium, donc nous le faisons avec beaucoup de peur », confie à l’AFP Mohammad, 22 ans. « Sans l’opium, nous ne pourrions pas nous nourrir », répète-t-il.

Une culture plus rentable que le blé?

La différence de rentabilité explique en partie ce retour. Selon l’ONUDC, un hectare de blé rapportait un peu plus de 770 dollars en 2023, contre 10 000 dollars pour un hectare de pavot. En 2026, le kilogramme d’opium séché se négociait à 500 dollars, contre 100 dollars avant l’interdiction.

« La multiplication par quatre de la culture du pavot montre la difficulté de faire baisser durablement ces cultures illicites quand les agriculteurs pauvres n’ont pas d’alternatives pour nourrir leurs familles », souligne Monica Juma, directrice exécutive de l’ONUDC.

Des chiffres contestés par les talibans

Le gouvernement taliban conteste les estimations de l’ONU. Selon son ministère de l’Intérieur, les plantations ne couvraient que 26 000 hectares, avant des opérations d’éradication qui auraient ramené les surfaces à zéro.

Les autorités reconnaissent néanmoins que l’interdiction ne peut être maintenue durablement sans programmes de reconversion agricole et création d’emplois. Un défi dans un pays frappé par les sécheresses, la baisse de l’aide internationale et une profonde crise économique.

Les conséquences dépassent les frontières afghanes. L’opium produit dans le pays constitue une source majeure de l’héroïne consommée en Europe, et la lutte contre cette production doit, selon l’ONUDC, aussi s’accompagner d’une réduction de la demande internationale.

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