Jafar Panahi remporte la Palme d’or à Cannes pour « Un simple accident ».
- Jafar Panahi remporte la Palme d'or à Cannes pour «Un simple accident».
- Il a été emprisonné en Iran et cela a influencé sa création.
- Panahi évoque la «torture blanche» subie en prison.
- Il utilise l'humour dans ses films malgré les défis.

Le réalisateur iranien Jafar Panahi a reçu la Palme d’or lors du 78e Festival de Cannes pour son film « Un simple accident », prévu dans les salles françaises le 1er octobre. Emprisonné à plusieurs reprises en Iran, Panahi a évoqué son expérience et l’impact de celle-ci sur sa création cinématographique lors d’une interview avec Paris Match.
Une inspiration née de l’incarcération
Interrogé sur ses idées pour ce film, Jafar Panahi a expliqué : « Elle m’est venue après ma sortie. En cellule, j’étais avec des gens engagés mais qui avaient des opinions et des analyses différentes de la situation. Je me suis demandé comment je pouvais rassembler tous les courants de pensée que j’avais écoutés. » Il précise ainsi qu’il souhaitait créer une conversation entre des groupes aux perspectives diverses.
L’épreuve de l’isolement
Lorsqu’on aborde la question de la torture en prison, le réalisateur partage son vécu : « Quiconque est allé en prison en Iran sait qu’on commence d’abord par une période d’isolement où l’on subit chaque jour des interrogatoires. Sur le plan psychique, on devient très vulnérable. » Ainsi, il évoque ce qu’il appelle « torture blanche », faisant référence au stress psychologique infligé aux détenus durant les périodes d’isolement prolongé.
Les parallèles troublants
Un personnage du film établit un lien entre les tortionnaires iraniens et ceux affiliés à Daech. Jafar Panahi souligne que cela reflète un sentiment partagé par beaucoup : « L’homme de la rue se rend compte que la répression existe partout. L’intolérance, le fait de se considérer comme supérieur… c’est exactement ce que l’on retrouve chez Daech, qui ne tolère aucune opinion autre que la sienne. »
Évolution socioculturelle
Concernant sa décision artistique concernant le port du voile par ses actrices, il explique : « Il y a cinq ans, dans la rue, toutes les Iraniennes étaient voilées. Mais depuis le mouvement Femme, vie, liberté, beaucoup sortent sans voile. Je ne vais tout de même pas les revoiler pour mon cinéma. » Une clarification sur leur représentation face aux récents changements sociaux.
Humour et résilience
Panahi fait également mention du ton humoristique présent dans son œuvre : « Même dans les pires situations, les Iraniens ont toujours de l’humour. Comme je suis entouré par les Iraniens de la rue, leurs histoires trouvent leur place dans mes films. »
Persistance artistique malgré tout
En réponse à une question sur ses futurs projets cinématographiques en Iran malgré un risque potentiel d’incarcération renouvelée, il assure : « Oui, je n’ai jamais travaillé ailleurs que chez moi. J’ai mon billet retour. » Là-dessus il ajoute avec détermination : « Ce n’est pas grave si j’y retourne, je me reposerai. »
Cette riche discussion autour du processus créatif et personnel du cinéaste pris entre art et engagement social pendant ces temps troublés en Iran, continue à interroger tant son pays que sa propre vocation artistique face aux défis multidimensionnels contemporains.