En Chine, un nouveau mouvement parmi les jeunes travailleurs, surnommé le « peuple rat », prend de l’ampleur. Ce groupe, qui affiche une résistance à la culture du travail intense, partage des vidéos montrant leur mode de vie détendu, passant leurs journées affalés au lit.
Une nouvelle tendance virale
La notion de « peuple rat » s’est popularisée sur les réseaux sociaux chinois parmi les Milléniaux et la Génération Z. Ces jeunes affirment fièrement qu’ils passent leurs journées alitées à surfer sur Internet tout en savourant des plats à emporter. Cela représente une réaction extrême contre la culture épuisante du « 996 », où les employés travaillent six jours par semaine de 9 h à 21 h.

« Je refuse d’avoir honte d’être une personne à charge, je défends le nom du peuple du rat », déclare une jeune femme dans une vidéo marquant son 83e jour passé dans sa chambre. Elle explique : « Après trois ans de dur labeur, j’ai finalement fait réaliser à mes parents que tenir un emploi ne me construisait pas de richesse ».
Un mouvement alimenté par la crise économique
Cette tendance s’inscrit dans un contexte plus large où la situation économique est délicate. Le marché du travail en Chine est devenu particulièrement difficile pour les jeunes adultes contemporains, avec un taux de chômage urbain atteignant 16,5% chez ceux âgés entre 16 et 24 ans. Au deuxième trimestre 2023, ce chiffre avait brièvement atteint un record préoccupant de 21,3%, incitant même le gouvernement chinois à suspendre la publication des chiffres pendant plusieurs mois.
L’économiste Ophenia Liang souligne que ce phénomène n’est pas seulement dû au loisir ou au relâchement : « Aller à plat était : ‘Je ne ferai peut-être rien’, mais je fais toujours des choses que j’aime ». Dans ce cadre social dépressif, certains se sentent moins coupables en observant leurs pairs mener également une vie relaxée.
Réaction sociale face aux pressions modernes
Le rejet manifeste des normes sociétales traditionnelles par ces jeunes peut être interprété comme une évolution nécessaire vers des valeurs plus diversifiées et personnelles concernant le monde du travail en Chine contemporaine. Eric Fu, chercheur principal au collectif pour les jeunes à l’Université de Melbourne, précise : « Cela montre que les gens commencent à vraiment prendre en considération le travail qu’ils veulent faire et le sens de leur vie ».
Malgré tout, cela reste symptomatique d’un particularisme ; beaucoup parmi ceux qui se réclament « peuple rat » bénéficient d’un certain niveau privilégié qui leur permet ce type d’inactivité sans trop subir financièrement.
Ce changement culturel majeur indique non seulement trente ans après plusieurs décennies dédiées aux efforts intenses mais également pose question sur l’avenir professionnel tant espéré par ces nouvelles générations face aux défis économiques présents.