Trois pilotes de ligne sur quatre sont déjà tombés dans un épisode de microsommeil alors qu’ils étaient aux commandes, selon une enquête de l’European Cockpit Association (ECA). La même étude montre que de nombreux pilotes craignent d’être sanctionnés s’ils se déclarent inaptes au vol à cause de la fatigue.

Menée auprès de près de 7 200 commandants de bord et copilotes dans 32 pays européens, cette enquête fait état d’un repos insuffisant pour de nombreuses missions. Un microsommeil se caractérise par un bref épisode d’endormissement involontaire, d’une durée de quelques secondes, parfois les yeux ouverts. Pendant ces épisodes, le cerveau se met en mode « hors ligne », un constat qui rend les chiffres d’autant plus inquiétants.
Près d’un quart des pilotes interrogés, soit 24 %, ont admis qu’ils continuent généralement à voler plutôt que de se déclarer inaptes en raison de la fatigue. D’autres, à hauteur de 16,8 %, ont indiqué se mettre en arrêt maladie à la place. Dans l’aviation, la fatigue peut résulter de longues heures de service, d’un repos insuffisant, d’horaires irréguliers et de vols traversant différents fuseaux horaires. Ces facteurs perturbent le cycle naturel du sommeil, comme le note le Guardian, et peuvent ralentir les réflexes, diminuer la vigilance et compromettre la capacité à réagir face à des imprévus.
De fortes disparités entre les pays européens
L’étude relève également des pressions pour prolonger les heures de travail. Près de la moitié des personnes interrogées disent craindre des conséquences négatives de la part de leur direction, et seulement 11,9 % font confiance au système de signalement de la fatigue de leur compagnie aérienne.
Les résultats varient nettement selon les pays, les compagnies et les autorités nationales. Les pilotes travaillant pour des compagnies basées en Irlande et à Malte sont les plus susceptibles de craindre des représailles. La proportion de pilotes déclarant voler en état de fatigue est plus élevée en Espagne, en Irlande et en France. À l’inverse, la Finlande et les Pays-Bas font figure de modèles en matière de culture des signalements, tandis que seul un pilote sur dix travaillant pour une compagnie britannique a déclaré voler en état de fatigue.
Un règlement européen commun
Tous ces pays sont pourtant soumis à un même texte, le règlement de l’Union européenne sur la sécurité aérienne. Les compagnies sont tenues de mettre en place des systèmes permettant d’identifier, de surveiller et de gérer la fatigue des équipages. La capitaine Tanja Harter, présidente de l’ECA, a exhorté l’Agence européenne de la sécurité aérienne à renforcer ces règles et à veiller au respect des exigences en matière de signalement non punitif.
« Les problèmes sont identifiés, les solutions existent et, en tant que communauté pilote européenne, nous sommes prêts à contribuer. Ce qui manque maintenant, c’est la volonté politique d’agir », a-t-elle dénoncé.