Rachel Chinouriri : " Je crois que j'ai parlé trop vite "

La chanteuse britannique de indie-pop Rachel Chinouriri, âgée de 27 ans, publie I Think I Spoke Too Soon, son deuxième album studio. Derrière des morceaux taillés pour le dancefloor, elle y sonde ses tourments intérieurs avec une franchise nouvelle, sans jamais céder à l’illusion d’un bonheur facile.

  • Rachel Chinouriri publie un second album, plus dansant mais introspectif.
  • Elle explore ses émotions et ses relations avec franchise et lucidité.
  • L'album montre une rupture avec son premier, mêlant mélancolie et rythme.
  • Sa voix douce contraste avec la simplicité des thèmes abordés.

Rachel Chinouriri : » Je crois que j’ai parlé trop vite «

Dès le solo de guitare de « Shiver », un morceau discret mais envoûtant, la production semble mettre une distance entre l’auditeur et la voix de l’artiste. Ce vide reflète son trouble intérieur. Elle se sent de nouveau seule, hantée par ses souvenirs, et ses mots semblent se dissoudre avant d’atteindre quiconque voudrait les entendre. Elle chante pourtant : « La vie continue, et continue encore. » Mais à quoi ressemble, pour elle, cette vie qui continue ?

Le disque marque une rupture nette avec son premier album, What a Devastating Turn of Events, sorti en 2024. Le tempo grimpe d’un titre à l’autre, signe d’un changement assumé. Chinouriri passe l’essentiel de l’album sur la piste de danse, un endroit parfois terriblement solitaire, quelle que soit la foule, tandis que son esprit reste replié sur lui-même. Les changements les plus profonds concernent la manière dont elle veut être traitée dans toutes sortes de relations, et surtout dans celle qu’elle entretient avec elle-même.

Son EP Little House, paru en 2025, racontait un univers baigné d’amour, entre rêveries d’avenir, dimanches paresseux et bonheur tiré des moments les plus ordinaires. On en retrouve une trace sur « AAAHHH!!! », un titre indie-rock à la fois anxieux et admiratif. Mais Chinouriri cherche surtout à combler l’écart entre ce qu’elle croit être vrai, une relation, une carrière et d’autres ingrédients censés fabriquer le bonheur, et la réalité tenace d’une tristesse profonde.

Dédoublée et lucide

« J’ai la peau épaisse, mais les coupures de papier finissent par passer, par dizaines », chante-t-elle sur « Crash This Car », une formule qui résume bien l’album. Sur « Broken Chair », elle se dédouble pour décrire ce qui l’a poussée vers la sobriété : « Dis-moi ce que j’ai fait, je ne m’en souviens pas / En tant que moitié la plus raisonnable, je ne peux pas la défendre. » Elle observe cette femme de loin, sur « One Song Away From Crying » : « Elle n’a jamais été aussi belle. Elle ne s’est jamais sentie aussi mal. »

Pourtant, sa voix n’a jamais sonné aussi juste, douce comme de la soie face aux révélations les plus abrasives. Son écriture gagne en franchise, ce qui n’est pas peu dire pour une artiste aussi exposée. « The Good Fight », qui distord ses sons dans un flou hypnotique, est l’un des sommets de sa carrière, avec ses pensées mêlées d’agacement, de regret et d’autodestruction. « Est-ce que tu aimes la façon dont tu ne te souviens pas d’hier ? », demande-t-elle, avant de se demander si elle aime « le goût de la bile écœurante et des douleurs d’estomac ». Cette capacité à condenser ses confidences attire l’attention sur les titres autour desquels elle tourne, comme « Baby Steps » ou « Pretty Girls ».

Chinouriri ne fait pas de sa bascule vers la danse un simple paravent pour cacher sa tristesse, sa solitude et son désespoir. Même les instrumentations les plus spectaculaires, comme le break de batterie de « Parasite », qui rappelle Phil Collins, portent une mélancolie native. Sur « Make Believe », sur une production industrielle tremblante, elle chante aussi : « Si tu ne m’as pas aimée à l’époque, aime-moi maintenant, juste pour que je puisse le ressentir. » Aucune lueur artificielle ne vient masquer ce constat. L’album est fantastique, mais il ne quitte jamais le réel.

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