Teresa Cremisi raconte l'objet qu'elle chérit tant

Teresa Cremisi, 81 ans, figure de l’édition française, a raconté son enfance de brodeuse et l’histoire d’une tapisserie réalisée à partir d’un dessin de sa mère, aujourd’hui conservée sous verre. Éditrice de Michel Houellebecq, de Christine Angot ou de Yasmina Reza, elle a été bras droit d’Antoine Gallimard, présidente-directrice générale du groupe Flammarion et présidente de la maison d’édition italienne Adelphi.

Teresa Cremisi raconte l’objet qu’elle chérit tant

Italienne naturalisée française, elle est aussi l’auteure de « La Triomphante » (Les Equateurs, 2015). Dans son enfance, elle se décrit comme « une grande brodeuse. Habile et passionnée ». Elle réalise des oreillers ajourés, des nappes festonnées, des myosotis sur le col d’une chemise ou des trèfles sur l’ourlet d’une jupe, avant de se consacrer au point de croix.

Des livres d’art traînent à la maison familiale, et c’est dans leurs pages qu’elle découvre les petits lapins de la Dame à la licorne. Elle s’entraîne seule, mais ses lapins « ressemblaient à des saucisses blanches avec des yeux ». Sa mère, peintre et sculptrice, lui vient en aide pour les dessins préparatoires. Elle n’apprécie guère les canevas prédessinés vendus en boutique, faits de chatons, de lierre et de fleurs décoratives.

Un gentil dragon

Un été, sa mère l’emmène voir une exposition de tapisseries de Jean Lurçat. Le soir même, elle dessine sous ses directives, au crayon, sur un canevas presque carré. L’enfant veut « un dragon avec des ailes et une queue, pas trop méchant, plutôt souriant », accompagné d’un soleil étrange, car « on était sur une autre planète ». Les couleurs doivent être « belles et furieuses », comme chez Lurçat.

Le travail de broderie commence dès le lendemain et quelques après-midi suffisent à l’achever. Elle choisit de la signer des initiales de sa mère, qui en est l’auteure. « Elle était l’artiste, j’étais l’interprète en broderie », résume Teresa Cremisi.

Le dragon connaît ensuite plusieurs vies. Il sert d’abord de coussin de canapé, puis de couvre-album, et voyage avec la famille. Il reste chez ses parents, oublié dans des placards successifs, et survit à la vente de leur appartement. Les enfants s’en servent comme d’un « torchon sale ». Un jour, il part avec elle à Paris. Elle le lave avec un shampoing doux pour bébés, et « les couleurs ont brillé à nouveau ». Il se trouve désormais sous verre, dans un cadre.

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