Albert II à Madagascar : « Seul l’esprit compte, les gens se sauvent eux-mêmes », au nom du père Pedro

Dans le quartier d’Andralanitra, sur les hauteurs d’Antananarivo, le père Pedro Pablo Opeka a bâti l’association Akamasoa, qui compte 4 200 maisons en dur et 25 000 résidents permanents. Le prince Albert II de Monaco doit inaugurer le collège Prince-Albert-II lors de son quatrième voyage auprès du religieux, le 29 octobre 2026.

Albert II à Madagascar : « Seul l’esprit compte, les gens se sauvent eux-mêmes », au nom du père Pedro

Ici, on dit « mora mora », « doucement, doucement ». Ce n’est pas de la paresse, mais une façon de retenir le temps sans le froisser. Les jacarandas parsèment de fleurs violettes les enfants en uniforme qui courent d’une classe à l’autre, tandis que des femmes passent, un panier en équilibre sur la tête. Mais il suffit de quelques pas au-delà des portails du village pour sentir la puanteur des poubelles qui fermentent sous le soleil.

Quel est le problème de la décharge à ciel ouvert ?

À Andralanitra, la décharge à ciel ouvert devait fermer, mais les camions y déversent encore 900 tonnes d’ordures chaque jour. Autrefois, des milliers de laissés-pour-compte y vivaient dans des abris de carton où l’on entrait en rampant. Ils guettaient l’arrivée des bennes, revendaient des bouts de métal pour quelques centimes et faisaient cuire leur riz sur du charbon glané dans les immondices.

C’est dans ce décor qu’est arrivé Pedro Pablo Opeka, alors âgé de 41 ans. Fils d’un maçon slovène ayant fui le régime de Tito, il avait appris le métier dès l’adolescence. Après une expédition auprès des Indiens mapuches, des études de philosophie et un premier voyage à Madagascar comme maçon dans les paroisses lazaristes, il a été ordonné prêtre en 1975. Il a ensuite été curé de Vangaindrano, dans le sud-est de l’île, avant d’être appelé à Antananarivo pour diriger le scolasticat des jeunes lazaristes. C’est là qu’il découvre la colline d’ordures et ses habitants.

« On ne sauve pas les pauvres en les assistant, on les remet debout. » Il fonde alors Akamasoa, « les bons amis » en malgache, et propose aux habitants un contrat : travailler, envoyer les enfants à l’école, respecter une discipline, sans drogue, alcool, jeux d’argent ni prostitution. « Je leur disais : “Ton enfant ne doit pas devenir comme toi!” À l’époque, c’est tout ce que j’avais pour les convaincre. » Des familles acceptent. Elles creusent la carrière de granit voisine, construisent leurs premières maisons et plantent du riz.

Aujourd’hui, l’association compte 22 villages autour d’Antananarivo et en province, ainsi que des hôpitaux, des dispensaires et une maternité. Ses 22 écoles et son université scolarisent près de 22 000 élèves, et 4 700 écoliers mangent chaque midi à la cantine. Depuis sa création, plus de 500 000 Malgaches ont bénéficié d’une aide d’urgence. Tojoniaina, ramassée à 8 ans parmi les déchets, est devenue bachelière puis professeure de français.

Le pays reste pourtant marqué par la pauvreté. Selon la Banque mondiale, 75,2 % des 33,7 millions d’habitants vivent sous le seuil international de pauvreté, fixé à 3 dollars par jour. En octobre 2025, après des semaines de manifestations de la jeunesse, le président Andry Rajoelina a quitté le pays et l’armée a pris le pouvoir, le colonel Michaël Randrianirina étant censé assurer la « transition ». « Le peuple est fatigué des fausses promesses », constate le père Pedro.

Comment la famille princière de Monaco soutient-elle l’association ?

Dans cette action, la famille princière de Monaco occupe une place particulière. « Un soir, au milieu des années 1990, le téléphone sonne, se souvient le père Pedro. C’est la Collection automobiles de SAS le prince de Monaco. » Une vente aux enchères d’objets de pilotes de formule 1 permet de financer une école, et tous les bénéfices reviennent à Akamasoa. Invité à l’avant-première du film « GoldenEye », en 1995, il prend la parole devant plus d’un millier de personnes, dont le prince Rainier et son fils Albert.

Peu à peu, les noms des Grimaldi se gravent sur les bâtiments du village, de l’école élémentaire Prince-Jacques-et-Princesse-Gabriella à la maternité Princesse-Charlène. Le prince Albert II, qui a fait le déplacement à plusieurs reprises, a déclaré : « Je suis fier que le nom de ma famille soit attaché à Akamasoa. » Monaco est le premier pays bénéficiaire de l’aide de la coopération de la Principauté, et l’île reçoit chaque année 3,5 millions d’euros de dons du gouvernement monégasque.

Quand on quitte le village, la décharge fume toujours. Au milieu d’une venelle nauséabonde, une petite fille handicapée, le corps tordu par la maigreur, se recroqueville sur un fauteuil roulant disloqué. Le père Pedro se penche vers elle.

Journaliste spécialisé dans l’actualité, je combine dix ans d’expérience en rédaction avec une curiosité constante pour la société et l’innovation. Marié et passionné de randonnée, j’aime partager une information claire, fiable et accessible à tous.