Allaitement : "je reçois des remerciements sur Insta et des insultes sur X"

Marine Tondelier, patronne des Écologistes, est revenue au travail peu après la naissance de son second enfant, Léon. Elle en profite pour aborder des sujets liés à la maternité, longtemps éloignés des radars politiques, alors que la présidentielle approche. Son mouvement, lui, doit trancher son positionnement à gauche le 13 décembre.

Allaitement : « je reçois des remerciements sur Insta et des insultes sur X »

Le mouvement met à sa disposition un lit et une douche dans ses locaux. « J’ai conscience que si je peux reprendre, c’est parce que le père de mes enfants est avec moi, reconnaît-elle. Il n’a pas pris de congé cet été pour les cumuler après la naissance. Chacun fait comme il veut, comme il peut, mais je n’aurais pas pu passer une nuit loin de mon bébé. » Pendant ce temps, sa mère, dentiste à la retraite depuis quelques mois, garde à 200 kilomètres de là son aîné, Joseph, âgé de 7 ans.

Des sujets longtemps tabous

Lorsqu’elle suivait un parcours de PMA, rappelle-t-elle, des femmes croisées à l’hôpital lui demandaient d’évoquer publiquement ces questions. Elle a finalement été enceinte naturellement le soir de Noël, et s’était promis de le faire à l’annonce d’une bonne nouvelle. « J’ai ressenti le besoin de parler de ces étapes de la vie des femmes qui sont taboues. Le post-partum, par exemple, alors qu’une femme sur trois est en détresse psychique deux mois après l’accouchement. Chez les écolos, on propose un service public à domicile, notamment pour les repas, pendant cette période. »

Pieds nus, assise sur le canapé vert bouteille de son bureau, elle est interrompue par les pleurs de Léon. « Je vais le chercher, il a faim. » Elle l’allaite et compte continuer tant qu’elle le pourra. « Ça aussi, c’est une injonction contradictoire liée à la maternité. L’OMS recommande six mois d’allaitement, mais, au bout de deux mois, les femmes sont obligées de retourner travailler. Il faut pouvoir mieux aménager ces périodes. »

Une exposition qui fait débat

Dès le 26 septembre, huit jours après la naissance de Léon, elle l’avait emmené à une marche pour le climat, près de chez elle, ce qui a déclenché des critiques sur les réseaux sociaux. Des remarques similaires ont suivi après une visite de commerçants parisiens touchés par les dégradations, où le bébé était lové dans une écharpe devant les caméras, puis lors d’une réunion à Matignon. « Le 26 septembre, je connaissais tous les manifestants, et la sono n’était pas forte, défend-elle. En politique, tu es scrutée en permanence. Les premières fois, ça fait vaciller. Mais quand c’est toute la journée, tu passes à autre chose. » Elle a reçu, sur Instagram, « plein de “vous êtes inspirante” » après un message sur l’allaitement, et s’est fait insulter sur X. « Oui, je lis ce qui se dit. Si ce sont des messages, ça peut servir, mais les commentaires haineux ne me font plus rien. »

En septembre, à la radio, elle avait aussi indiqué qu’elle ne reviendrait pas « cinq jours après , en talons aiguilles », une allusion à Rachida Dati perçue comme une attaque envers cette dernière. Elle s’est expliquée récemment pour dissiper les malentendus.

Créditée de 2 % à 4 % d’intentions de vote dans les sondages, l’écologiste était toujours en congé maternité lorsque Raphaël Glucksmann a remporté la primaire. Sa réaction, postée sur X, dans laquelle elle qualifiait le candidat de « repli », n’est pas passée inaperçue. « Ce sont les faits, c’est lui qui nous a exclus de la primaire, alors que, depuis le début, j’en prône une qui soit le plus large possible. Maintenant qu’il est candidat, il va devoir nous expliquer comment il compte gouverner s’il refuse de travailler avec une partie de la gauche. » Elle propose néanmoins à tous ses partenaires de discuter sur quatre points : un accord programmatique, un accord de gouvernement, un accord législatif et un dispositif de campagne.

Au sein du parti, le débat est vif. La députée Sandrine Rousseau plaide pour un rapprochement avec les insoumis, tandis que le sénateur Yannick Jadot, ancien candidat écologiste à la présidentielle, a choisi de soutenir Raphaël Glucksmann, avant d’être suspendu. Un élu influent du parti estime que « tout est organisé pour que l’on aboutisse à la candidature de Marine ». Pour le directeur général de l’Ifop, Frédéric Dabi, la responsable écologiste est « jugée sympathique, proche des gens », mais elle souffre de deux problèmes : « Le premier, c’est qu’ils ne lui voient pas une stature, une crédibilité présidentielle. » Il ajoute : « Le vote écolo va vers Mélenchon et Glucksmann actuellement, dans un réflexe de vote utile. »

Marine Tondelier, elle, refuse le raisonnement. « C’est discutable, on n’a jamais existé autant dans le débat public que maintenant. C’est un tout, on porte des messages et on fait avancer des idées. » Le 14 octobre, dans le métro, un homme d’un certain âge l’a arrêtée pour lui dire : « Il faut continuer, madame, l’extrême droite, on n’en veut pas. »

Journaliste spécialisé dans l’actualité, je combine dix ans d’expérience en rédaction avec une curiosité constante pour la société et l’innovation. Marié et passionné de randonnée, j’aime partager une information claire, fiable et accessible à tous.