Les fiançailles du prince héréditaire Léopold de Bade avec Katharina von Baumbach, héritière de l’entreprise familiale Boehringer Ingelheim, pourraient sauver le château de Salem, mis à mal par des décennies de difficultés financières. Annoncées le 20 octobre, elles interviennent alors que les règles régissant les mariages ont évolué sous la pression des jeunes générations.

Pendant longtemps, en Allemagne, les petites principautés devaient respecter la règle de « l’égalité de naissance » pour se marier. En 1991, le prince Karl Emich zu Leiningen a épousé Gabriele Renate Thyssen, riche héritière allemande, une union considérée comme morganatique et non conforme aux lois de la maison de Leiningen. Son père l’a alors totalement déshérité au profit de son frère cadet, un choix qui lui a fait perdre une fortune estimée à plus de 100 millions de livres sterling et de nombreux châteaux.
Gabriele Thyssen a ensuite divorcé et épousé Karim Aga Khan, devenant la bégum Inaara. Jusqu’alors, seules les familles aristocratiques britanniques redoraient leur blason en épousant de riches héritières américaines, un cas rare en Allemagne. On cite souvent l’exemple du prince Franz von Hatzfeldt-Wildenburg, qui épousa en 1889 une « dollar princess », Clara Huntington, fille adoptive du magnat des chemins de fer Collis Huntington. Sa fortune a aidé la maison à entretenir ses domaines rhénans, notamment Crottorf.
Hémorragie des biens patrimoniaux
Au début des années 90, la famille de Bade fait face à d’importantes difficultés financières et à un endettement estimé à 184 millions de dollars. Ces difficultés sont consécutives à la crise économique de 1991-1993 et à de mauvais investissements dans l’industrie. Le margrave Maximilian de Bade, homonyme de son grand-père Max de Bade, dernier chancelier de l’Empire allemand, doit se séparer de quelques-uns de ses châteaux, Eberstein et Baden-Baden, ainsi que d’une partie de sa propriété de Salem. Il est aussi contraint de disperser le mobilier et les collections provenant de ces propriétés.
Ces enchères ont rapporté environ 55 millions de dollars, ce qui a permis à la famille de conserver une grande partie du château de Salem. On se souvient qu’en 1995, Sotheby’s avait dispersé sous le feu des enchères 6 000 lots, présentés dans six kilos de catalogues, représentant 25 000 objets, dont des services en porcelaine de Meissen du XVIIIe siècle.
C’est l’actuel margrave, Bernhard, père de Léopold et de ses frères Friedrich et Karl-Wilhelm, qui a dû faire face à cette hémorragie et vendre pour sauver l’essentiel. Le mariage du prince héréditaire avec une riche héritière allemande devrait ainsi assurer la continuité dynastique autant que la pérennité financière de la famille.
Un mariage annoncé pour 2027
Le mariage, annoncé pour 2027, devrait réunir tout le Gotha. La mère du margrave Bernhard, née archiduchesse Valérie de Habsbourg-Toscane, est descendante du grand-duc Léopold II de Toscane, mais aussi de l’empereur François-Joseph Ier d’Autriche et de son épouse Sissi. La grand-mère de l’actuel margrave était la princesse Théodora de Grèce, sœur du prince Philip d’Angleterre. Bernhard de Bade et son épouse Stéphanie sont régulièrement invités aux cérémonies familiales à Londres par leur cousin, le roi Charles III.