La mise sous tutelle pour insolvabilité de l’Ueno Bank, une banque en ligne florissante ces dernières années, a déclenché mardi 3 novembre une crise bancaire qui s’est rapidement transformée en crise politique profonde au Paraguay. Le président Santiago Peña a été destitué par le Sénat, et Pedro Alliana a déjà été investi.

L’intervention de la Banque centrale (BCP) a gelé les dépôts de près de trois millions de personnes, soit, selon le nombre de clients revendiqué par Ueno, près de la moitié de la population du pays. Des entreprises, des institutions et des fonds de pension ont également été affectés.
Santiago Peña, président conservateur depuis 2023 et proche allié de Washington, 47 ans, dont le mandat devait en principe s’achever en 2028, a été destitué après que le Sénat l’a reconnu à l’unanimité coupable de « mauvais exercice de ses fonctions ». Il doit être entendu par le parquet samedi 6 novembre pour s’expliquer sur ce scandale.
Pedro Alliana, âgé de 52 ans, a prononcé une brève allocution devant le Sénat qui l’a investi. « Les compatriotes qui traversent une situation très difficile à cause du chaos financier seront pleinement indemnisés », a-t-il déclaré, avant d’ajouter : « Nous ne les laisserons pas seuls. »
Quels sont les sentiments de la population ?
Quelques centaines de personnes rassemblées devant le Parlement ont accueilli la destitution par des cris de joie et des chants. « Enfin, enfin Santiago Peña est parti, enfin justice a été rendue! » s’est exclamée auprès de l’AFP Jessica Aquino, employée de 32 ans. « Maintenant, on veut qu’il nous rende notre argent et qu’il finisse en prison! »
Jonathan Riverola, 24 ans, étudiant dont la famille est directement affectée, se réjouit lui aussi : « Un bonheur! On a obtenu ce qu’on voulait, la condamnation, le procès et voilà! » Il tempère cependant : « Mais pas si content, car son successeur va être Alliana », issu du même parti Colorado.
À peine une heure après sa destitution, Santiago Peña a été assigné à résidence. Tard dans la nuit de vendredi à samedi, il a été transféré de son domicile vers une installation militaire pour des raisons de sécurité. Des images de télévision ont montré trois camionnettes quitter la résidence présidentielle sous les insultes, les coups de pied et les jets d’œufs d’un groupe de manifestants, dispersé par la police à coups de balles en caoutchouc.
La procureure Silvia Margarita González Vester a annoncé aux journalistes que le président déchu sera entendu samedi à 11 heures (locale) pour les délits présumés d’abus de confiance, de trafic d’influence et de gestion à des fins personnelles.
Lors du procès en destitution, des sénateurs ont accusé l’ex-président d’avoir « permis, toléré et ne pas avoir corrigé un détournement de fonds des retraites vers une banque liée au cercle présidentiel ». Le sénateur Adrián Vaesken lui reproche, selon ses propres termes, d’avoir « subordonné l’intérêt public à des intérêts privés ». Des sénateurs ont aussi rappelé que Santiago Peña avait été, avant même sa présidence et jusqu’en 2025, actionnaire de la holding financière propriétaire d’Ueno.
Absent à l’audience, Santiago Peña avait présenté lui-même sa démission jeudi, mais le Parlement l’avait refusée, rendant inévitable un procès en destitution. S’il l’avait acceptée, il serait devenu sénateur à vie, comme le prévoit la Constitution pour les ex-présidents, et aurait joui d’une immunité parlementaire.
Comment les épargnants seront-ils indemnisés ?
La Banque centrale a commencé jeudi à reverser les fonds à des épargnants victimes de la débâcle d’Ueno. José Maciel, directeur administratif du Fonds de garantie des dépôts de la BCP, a précisé à l’AFP que les premiers décaissements concernent des déposants ayant « des dépôts compris entre 1 et 10 millions de guaranis », soit 160 à 1 600 dollars américains.
Il n’a pas précisé de nombre ni de montant global. Selon un avocat de Santiago Peña, quelque 700 000 personnes avaient toutefois bénéficié de premiers versements vendredi.
La crise a eu des répercussions au-delà des frontières paraguayennes. En Argentine, un millier d’employés de la société technologique ITTI, du même groupe qu’Ueno, ont été suspendus 30 jours sans salaire. La Confédération sud-américaine de football (Conmebol) détenait environ 13 millions de dollars dans cette banque, a indiqué à l’AFP une source interne ayant requis l’anonymat.