Jean-Luc Mélenchon séduit les jeunes et veut refaire le coup de Mitterrand et de Chirac

Le candidat Jean-Luc Mélenchon pourrait tirer profit d’un électorat que les sondages détaillent peu. Une étude de l’Ifop pour LCI le place, dans toutes les configurations, aux alentours de 18 % d’intentions de vote, mais sa structure révèle un score nettement plus élevé chez les jeunes : 44 % des voix chez les moins de 35 ans dans l’hypothèse Édouard Philippe, Gabriel Attal, Bruno Retailleau et David Lisnard, dont 56 % chez les 18-24 ans.

Jean-Luc Mélenchon séduit les jeunes et veut refaire le coup de Mitterrand et de Chirac

Les autres candidats sont loin derrière. Marine Le Pen arrive en deuxième position avec 24 % chez les moins de 35 ans, dont 16 % chez les 18-24 ans, et les chiffres sont similaires dans les autres configurations. L’ancien sénateur de l’Essonne, âgé de 75 ans et quadruple candidat à la présidentielle, miserait sur cette tranche d’âge et semblerait surfer sur les blocages lycéens et les mouvements sociaux.

Quel est le secret de Jean-Luc Mélenchon pour attirer les jeunes électeurs ?

Ce n’est pas une première. En 1981, François Mitterrand, présenté comme « l’homme du passé » selon la formule consacrée, vise un électorat jeune, qui a obtenu la majorité à 18 ans grâce à Valéry Giscard d’Estaing, pour battre le président sortant. Le socialiste profite de la démographie, comme l’avait démontré le géographe Hervé Le Bras.

Entre 1974 et 1981, le baby-boom et l’abaissement de la majorité de 21 à 18 ans font apparaître 9 millions de nouveaux électeurs, nés entre 1953 et 1962, dont 7 millions au seul titre du changement d’âge pour le droit de vote. Dans le même temps, 2,5 millions de citoyens nés entre 1895 et 1915 sont décédés. Le 10 mai 1981, Valéry Giscard d’Estaing est battu. Selon les sondages à la sortie des urnes, 63 % des électeurs de moins de 24 ans ont voté pour François Mitterrand, qui n’avait pas relâché ses efforts pour les rallier. Trois jours avant le second tour, il se trouvait à Meaux. « Une société qui a perdu la confiance de sa jeunesse est une société sans avenir, explique-t-il. L’heure est venue de la relève pour ceux qui veulent réconcilier la France avec elle. Cette réconciliation est une charge urgente. Je compte m’y employer. (…) Un immense travail nous attend. Depuis 1977, six millions de jeunes ont connu le chômage ; 55 % des travailleurs intérimaires ont moins de vingt-cinq ans. » Il préconisait douze mesures pour la jeunesse. En 1988, « Tonton » Mitterrand était l’idole des jeunes et écrasait Jacques Chirac.

Comment Jacques Chirac a-t-il réussi à récupérer le vote des jeunes ?

L’ancien Premier ministre prend alors sa revanche. Trahi par son ami de trente ans, Édouard Balladur, Jacques Chirac change de registre, notamment grâce à sa marionnette des Guignols, à ses pommes et à la fracture sociale, dont les jeunes sont les principales victimes. Pour la première fois depuis 1974, la droite récupère le vote des jeunes : 29 % au premier tour chez les 18-24 ans et plus de 50 % au second. Selon une étude du Cevipof, Jacques Chirac n’avait recueilli que 11 % de leurs voix en 1981. Il devient « cool », sympa et accessible, une transformation qui ne durera pas. Ce sont les jeunes qui, avec le « non » au référendum (« Je ne vous comprends pas », lâche-t-il dans un débat), les émeutes de banlieue en 2005 et la contestation du CPE en 2006, sonnent le glas de son second mandat.

Jean-Luc Mélenchon compte sur les près de 5,5 millions de 18-24 ans, selon des chiffres de février 2026, pour élargir son socle et accéder au second tour. D’où sa stratégie sur les réseaux sociaux, auprès des jeunes leaders du mouvement lycéen et via de longs podcasts, nouveau canal pour les toucher. En 2022, il avait échoué à 400 000 voix près, et entre 200 000 et 300 000 jeunes électeurs supplémentaires devraient être appelés aux urnes. Reste à les convaincre sans s’aliéner les autres générations, les séniors étant ceux qui votent le plus. Il pourrait méditer cette phrase attribuée à Groucho Marx : « Dans chaque vieux, il y a un jeune qui se demande ce qui s’est passé. »

Journaliste spécialisé dans l’actualité, je combine dix ans d’expérience en rédaction avec une curiosité constante pour la société et l’innovation. Marié et passionné de randonnée, j’aime partager une information claire, fiable et accessible à tous.