Au Kenya, un gourou est déclaré coupable d'avoir fait jeûner 190 enfants jusqu'à la mort

Un tribunal de Mombasa, au Kenya, a déclaré coupables le gourou autoproclamé Paul Mackenzie et ses 29 complices des meurtres de 191 personnes, dont 190 enfants. Le jugement a été rendu ce lundi 19 octobre, trois ans après la découverte de centaines de corps dans l’arrière-pays kényan, près des plages de Malindi.

  • Un gourou kényan a été déclaré coupable d’avoir causé la mort de 429 personnes lors de jeûnes extrêmes.
  • Il avait encouragé ses disciples à mourir pour «rencontrer Jésus», notamment par des pratiques dangereuses dans son ranch.
  • Plusieurs corps ont été découverts dans des fosses communes, et le procès a duré trois ans.
  • Les autorités réclament des réglementations plus strictes sur les organisations religieuses, mais peu appliquées en raison du contexte conservateur.

Au Kenya, un gourou est déclaré coupable d’avoir fait jeûner 190 enfants jusqu’à la mort

Ancien chauffeur de taxi, Paul Mackenzie est accusé d’avoir encouragé ses disciples à mourir de faim pour « rencontrer Jésus » avant la fin du monde, d’après la BBC Afrique. Selon sa doctrine, l’éducation était interdite et la médecine moderne était « mauvaise ».

Au cours du procès, le tribunal a entendu plus de 200 témoins des événements survenus entre 2021 et 2023, dans un ranch de 325 hectares situé dans la forêt de Shakahola. Dans son jugement de huit heures, la juge Diana Mochache a affirmé que les disciples croyaient que Mackenzie était « le porte-parole de Jésus ».

Les enterrements pratiqués dans la forêt étaient appelés des « mariages ». Ceux qui mouraient étaient, selon la juge, « célébrés comme ayant épousé Jésus ».

Au total, plus de 400 corps, d’enfants, de femmes et d’hommes, ont été retrouvés, et certaines victimes n’ont toujours pas été identifiées. Le parquet a estimé que Paul Mackenzie a « initié et dirigé » la pratique des jeûnes extrêmes et qu’il existait une « hiérarchie de la mort » : les enfants d’abord, puis les adolescents, les femmes et enfin les hommes.

S’appuyant sur des rapports d’autopsie, l’accusation affirme que les enfants « sont morts de faim », « d’asphyxie », « de points de compression au niveau du cou » et de « blessures traumatiques à la tête ». De leur côté, les avocats du condamné ont déclaré que l’affaire était « largement fondée sur des preuves circonstancielles, des témoignages de seconde main et des conclusions médico-légales non probantes ».

Un bilan de 429 morts

L’homme avait été arrêté en avril 2023, après que certains fidèles ont été secourus lorsqu’un groupe de défense des droits a alerté les autorités. L’opération policière a mis au jour des centaines de fosses communes peu profondes. Une pause dans les fouilles a été décrétée lorsque les morgues locales se sont retrouvées débordées devant le nombre de corps retrouvés.

Le bilan s’est élevé à 429 morts, a déclaré en 2024 la Commission nationale kényane pour les droits de l’homme. En janvier, Paul Mackenzie a de nouveau été accusé après la découverte de 52 nouveaux corps dans un village voisin. Il fait par ailleurs face à des accusations supplémentaires pour homicide involontaire et terrorisme, pour lesquelles il a également plaidé non coupable dans des affaires séparées, comme ses complices l’avaient fait lors de leur procès dans l’affaire principale.

Des réglementations réclamées

L’affaire a bouleversé les Kényans, nombre d’entre eux ayant réclamé des réglementations plus fortes pour encadrer les organisations religieuses, notamment après qu’il est apparu que Mackenzie avait été arrêté à deux reprises par le passé, puis relâché. Mais dans ce pays majoritairement chrétien et conservateur, où la pêche aux voix se fait beaucoup dans les lieux de culte, l’idée n’a pas été suivie d’effets.

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