Salah Abdeslam devient guide spirituel depuis sa prison

Salah Abdeslam : un détenu controversé, révélateur des failles du système pénitentiaire français

Salah Abdeslam devient guide spirituel depuis sa prison

Dix ans après les attentats du 13 novembre 2015, Salah Abdeslam, dernier survivant connu de ces attaques, continue d’alimenter les débats autour de la sécurité et des mécanismes de radicalisation. Malgré une condamnation à la réclusion criminelle à perpétuité incompressible, son existence en prison révèle des dysfonctionnements alarmants.

Né en 1989 à Bruxelles au sein d’une famille marocaine, Salah Abdeslam a longtemps été considéré comme un jeune homme sans histoire. Cependant, sa trajectoire bascule dans la radicalisation à partir des années 2010, sous l’influence de son ami d’enfance Abdelhamid Abaaoud. Lors des attentats de Paris, alors que son frère Brahim se fait exploser au Comptoir Voltaire, il est chargé d’amener les kamikazes autour du Stade de France mais renonce finalement à passer à l’acte pour fuir.

Après une cavale éloignée des forces de l’ordre correspondant à quatre mois d’errance entre Paris et Bruxelles, il est arrêté le 18 mars 2016. Au cours du procès en 2022, Abdeslam se décrira comme un « survivant malgré lui », invoquant sa « foi » tout en se dépeignant non pas comme un assassin. Condamné à la peine maximale prévue par le droit français et transféré dans une prison ultra-sécurisée à Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais), il porte depuis le statut particulier de détenu signalé (DPS).

Cependant, la réalité carcérale semble contredire ce niveau élevé de sécurité. En 2024, Salah Abdeslam parvient même à acquérir un ordinateur prétendument destiné aux cours scolaires. Cet appareil devient source d’inquiétudes lorsqu’un contrôle révèle qu’il a été connecté à des appareils externes non autorisés.

L’enquête qui s’ensuit aboutit cet automne avec l’arrestation de Maëva B. 27 ans. Se disant « sauvée par l’islam », cette correspondante amoureuse écrit régulièrement à Abdeslam depuis 2018, attisant ainsi les soupçons sur une possible relation dépassant le cadre épistolaire traditionnel.

« Si tu as une question… je le ferai », ose-t-il répondre dans ses lettres versées de certitudes religieuses tandis qu’elle évoque ses prières et encourage sa fidélité aux convictions extrêmes. Leur relation prend une tournure plus sérieuse suite aux premières rencontres autorisées au parloir où ils auraient pu échanger davantage que des mots.

Les enquêteurs suspectent également que Maëva B. ait transmis une clé USB contenant potentiellement des contenus djihadistes avant son arrestation et celle d’autres complices proches.

Gérald Darmanin s’est exprimé sur ces événements : « […] démontre que cette politique de fermeté est la bonne ». Il a souligné que face aux tensions sécuritaires croissantes liéeà la radicalisation en prison ; chaque concession accordée pourrait représenter un risque potentiel pour la société.

Salah Abdeslam montre qu’au-delà des barreaux physiques, certaines failles persistent dans le système pénitentiaire français dédié aux terroristes idéologiques. Un constat qui réinterroge notre capacité collective à gérer ceux qui prônent encore aujourd’hui l’extrémisme violent tout en étant incarcérés dans nos établissements judiciaires.

Cette affaire rappelle douloureusement que lorsque les maillons essentiels du processus pénitentiaire manquent leur objectif sécuritaire premier – protéger collectivement – c’est notre sécurité qui peut vaciller anxieusement.

Journaliste spécialisé dans l’actualité, je combine dix ans d’expérience en rédaction avec une curiosité constante pour la société et l’innovation. Marié et passionné de randonnée, j’aime partager une information claire, fiable et accessible à tous.