6,6 Millions d'exilés rentrent en Afghanistan, un pays au bord de l'asphyxie après leur expulsion de l'Iran et du Pakistan

En Afghanistan, le retour de millions de personnes chassées d’Iran et du Pakistan rend la concurrence pour le travail et le logement de plus en plus rude. Au bord d’une route du nord du pays, Ghulam Sakhi Barat attend, aux côtés d’autres hommes, qu’on lui propose un emploi.

6,6 Millions d’exilés rentrent en Afghanistan, un pays au bord de l’asphyxie après leur expulsion de l’Iran et du Pakistan

« Depuis qu’ils sont arrivés, il y a moins de travail pour les locaux. L’aide va aux gens qui sont rentrés au pays, mais il n’y a aucune aide pour ceux qui vivent déjà ici », lâche M. Barat. L’octogénaire, vêtu d’un gilet effiloché, tente de subvenir aux besoins de sept membres de sa famille à Sheberghan, chef-lieu de la province de Jawzjan. Face au manque d’emploi dans un pays en proie à de multiples crises, des « gens commencent à souffrir de faim », remarque-t-il.

Un mouvement de retour massif

Plus de 6,6 millions d’Afghans qui vivaient en Iran ou au Pakistan, parfois depuis des décennies après avoir fui la guerre civile dans les années 1990, sont revenus en Afghanistan en un peu plus de trois ans. Il s’agit, selon l’ONU, du plus important mouvement de retour au monde, causé par le durcissement des politiques contre les migrants dans ces deux pays.

Souvent démunis, ceux qui reviennent se dirigent vers leurs régions d’origine, même lorsqu’elles sont loin de la frontière, comme Jawzjan, où ils ne possèdent souvent ni terre ni maison. C’est le cas d’Abdul Qader Hotak, 60 ans, renvoyé en Afghanistan il y a huit mois après vingt ans passés au Pakistan. « Au Pakistan, mes enfants allaient à l’école (…) Maintenant, ils doivent ramasser les ordures pour gagner un peu d’argent », dit-il à l’AFP.

Dans le district d’Aqcha, la population devrait croître de plus de 26 % cette année en raison des retours massifs, selon des projections de l’ONU. Faqir Mohammad Khudabakhsh, maçon de 54 ans, avait pendant les 20 dernières années l’habitude d’aller travailler régulièrement en Iran, une époque révolue. Désormais, il ne trouve du travail qu’à peine trois jours par semaine à Sheberghan.

« Tous ceux qui rentrent ont besoin d’un endroit pour vivre et d’un travail, mais ils n’ont ni l’un ni l’autre », explique ce travailleur journalier. « Au lieu d’utiliser leur argent pour se nourrir ou se vêtir, ils doivent le dépenser en loyer. Je suis désolé de dire ça, mais nous souffrons de malnutrition », ajoute-t-il.

Environ un Afghan sur trois, soit 15,9 millions de personnes, a été confronté à une insécurité alimentaire aiguë en septembre et octobre, a alerté l’ONU. La recherche d’un logement est tout aussi ardue, certains habitants évoquant des hausses de loyers allant jusqu’à 150 % ces dernières années.

Le point de vue des autorités

Pour le directeur du département provincial de l’Information, tous les problèmes ont été résolus. « Nous n’avons pas de chômeurs en Afghanistan, sauf quand quelqu’un choisit de ne pas travailler par confort », déclare à l’AFP Saifuddin Muhtasem. Il soutient que le gouvernement a établi une commission pour contrôler nationalement les loyers et éviter toute augmentation démesurée.

Un fonctionnaire indique à l’AFP n’avoir jamais entendu parler d’une telle commission et raconte que son propre loyer a doublé en 18 mois. « Les problèmes économiques se sont aggravés depuis le retour » des Afghans des pays voisins, juge Ahmadi, 30 ans, qui tait son nom de famille pour des raisons de sécurité.

L’ONU a rappelé en septembre l’importance de soutenir ceux qui sont rentrés, mais aussi les communautés qui les accueillent. « Sans soutien durable pour les communautés qui reviennent et pour les communautés hôtes, il y aura une rivalité autour des ressources, qui sont rares, ce qui va alimenter les griefs, accroître les déplacements et exacerber l’instabilité », a averti Georgette Gagnon, représentante spéciale adjointe de l’ONU pour l’Afghanistan.

À Jawzjan, province touchée par une sécheresse persistante, l’accès à l’eau est un des sujets les plus brûlants. Les réserves aquifères ont diminué, rendant une partie de l’eau restante impropre à la consommation humaine ou à l’agriculture, reconnaît le directeur du département de l’Information. Il mise sur un projet de canal qui ne devrait toutefois être fini que dans deux ans. « Si les Afghans ne meurent pas de faim ni de soif », selon lui, « ils ont vraiment besoin de logements », insiste-t-il, en encourageant les organisations internationales à construire des maisons pour ceux qui rentrent. « Pour le reste, ajoute-t-il, Dieu subviendra sûrement aux besoins. »

Journaliste spécialisé dans l’actualité, je combine dix ans d’expérience en rédaction avec une curiosité constante pour la société et l’innovation. Marié et passionné de randonnée, j’aime partager une information claire, fiable et accessible à tous.