Armel Le Cléac’h, skipper du trimaran « Maxi Banque Populaire XI », vise la victoire dans la Route du rhum, dont le départ est programmé à Saint-Malo. Le Breton a déjà remporté la course en solitaire du Figaro à trois reprises, des transats en double et le Vendée Globe, mais il lui manque encore cette épreuve majeure, qui réunit cette année 115 participants.

Huit bateaux sont engagés dans la catégorie reine des Ultims, alignés le long d’un quai au pied de la citadelle malouine. Leur taille frappe dès que l’on s’approche. Celui d’Armel Le Cléac’h mesure 32 mètres de long et 23 mètres de large, et son mât culmine à 35 mètres. Équipé de foils, il peut foncer à près de 100 kilomètres-heure, en volant parfois jusqu’à un mètre cinquante au-dessus de l’eau.
Pour accéder au cockpit, situé à l’arrière de la coque principale, il faut être souple. On descend par une échelle verticale, puis l’on avance à quatre pattes sur deux ou trois mètres. Ce petit territoire d’une douzaine de mètres carrés abrite deux gouvernails, un winch, plusieurs écrans, une bouilloire, un siège et un lit en Bultex bleu. C’est là que le navigateur, calme et concentré, s’est exprimé. « On se projette sur la météo du départ, c’est ça qui nous donnera le tempo : elle s’annonce bonne avec un vent de nord-est et du soleil, analyse-t-il. On partira donc dans de bonnes conditions. Après, on verra. Ce sera engagé comme toujours, rien n’est jamais facile. »
Un bateau truffé d’électronique
Doté de près de 300 capteurs, le trimaran dépend largement du bon fonctionnement de son équipement électronique. Interrogé sur la connaissance de l’ensemble de ces systèmes, Armel Le Cléac’h compare sa situation à celle d’un astronaute. « Je fais le parallèle avec le monde de l’espace, je suis un peu un spationaute en mission, dit-il. On me demande de connaître tous les éléments de la fusée. » Oui, tous, insiste-t-il : « C’est le travail que l’on a fait pendant des semaines, des mois en utilisant le bateau. Ce bateau, on le connaît bien maintenant, c’est sa sixième saison. Avec, j’ai fait un tour du monde en solitaire et plusieurs traversées de l’Atlantique. C’est comme un instrument de musique pour moi! »
Le pilotage reste pourtant sujet aux surprises, en raison des nombreuses améliorations apportées au fil des ans. « On a mis de nouveaux appendices, de nouveaux foils par exemple. À chaque fois que l’on introduit des nouveautés ou des mises à jour, il faut retrouver les bons réglages. Par rapport à la dernière Route du rhum en 2022, le bateau a énormément progressé en performances. » Le navigateur insiste aussi sur la catégorie des Ultims : « C’est dans cette course qu’elle est la mieux mise en lumière. Parmi les 115 bateaux engagés, on sait que c’est l’un d’entre nous qui va arriver premier en temps réel. »
Gérer l’imprévisible et la fatigue
Une inquiétude subsiste : l’avarie imprévue. « C’est comme en sport automobile, on a beau avoir fait des milliers d’heures sans casse, on exerce un suivi permanent de chaque pièce, un problème mécanique peut survenir le jour de la course sur une pièce avec laquelle on n’avait jamais eu de souci. » Ambassadeur de la marque Lexus, il a identifié des points communs entre sa discipline et le sport automobile, notamment une équipe qui l’aide à distance, H24, à faire les bons choix pendant la course.
Sept jours seul en mer, dans un vacarme assourdissant et sans temps mort, attendent le marin. D’où l’enjeu de périodes de repos très fractionnées, déjà anticipées. « J’espère dormir au total entre deux heures et quatre à cinq heures par vingt-quatre heures. Je vais faire des siestes de 20, 30 à 40 minutes, dès que possible, le plus souvent possible. On sait par exemple que la première nuit va être assez intense, car il y a beaucoup de trafic et de dangers lors de la traversée de la Manche. »
Dans les faits, la récupération demande de la rigueur. « Avant de dormir, je dois régler mon bateau et paramétrer les alarmes. L’idéal, c’est d’être réveillé par mon réveil, mais quand le sommeil est très profond, je me demande parfois où je suis. Avec les mouvements, le bruit et l’ambiance, cela me revient très vite! » Le sprint final s’annonce quant à lui délicat : « La course se termine par le tour de la Guadeloupe, ce n’est pas évident, car les vents sont erratiques et il y a beaucoup de manœuvres à effectuer. Il y a huit ans, la victoire s’est jouée sur le fil entre Francis Joyon et Francis Gabard, séparés de huit minutes seulement. » Le verdict est attendu autour du 8 novembre.