Le repli des marchés technologiques touche désormais les projets d’introduction en bourse de certains des plus grands bénéficiaires du boom de l’intelligence artificielle. Le sud-coréen SK Hynix a renoncé à étudier une cotation possible aux États-Unis de sa filiale Solidigm, alors que les valeurs des semi-conducteurs reculent fortement.

La baisse dépasse désormais les marchés boursiers. Les investisseurs s’interrogent de plus en plus sur la capacité des sommes colossales investies dans les infrastructures d’IA à générer des rendements suffisants, et cette interrogation pèse sur les projets de levée de fonds.
SK Hynix a justifié sa décision par la volatilité des marchés et par une correction plus large des valeurs de semi-conducteurs. Dans un communiqué, le groupe a expliqué que Solidigm avait « déterminé qu’il était nécessaire de réévaluer si une introduction en bourse serait l’option la plus bénéfique pour SK hynix et ses actionnaires existants à ce stade, compte tenu des conditions récentes du marché des capitaux et de l’évolution des cours ».
Le titre de SK Hynix a perdu jusqu’à 4 % à la Bourse de Corée du Sud avant de se redresser pour clôturer en hausse de 4 %. Le concurrent Samsung Electronics a fini en hausse de 0,5 % après des pertes en début de séance. Le Kospi a clôturé en hausse de 0,3 %, tandis que le Nikkei 225 japonais a terminé en baisse de 0,3 %.
Ces mouvements faisaient suite à une forte chute à Wall Street, où le Nasdaq Composite a reculé de 3 % sur fond d’interrogations grandissantes sur le rendement des investissements massifs dans l’IA. L’indice Philadelphia Semiconductor a, de son côté, plongé de 7 %.
Selon Chris Weston, responsable de la recherche chez Pepperstone, la vente ne se limite plus aux segments les plus spéculatifs du secteur. Dans une note, il écrit : « Ce n’est plus simplement un marché qui sanctionne les entreprises d’IA très endettées aux économies de financement discutables. » Les investisseurs réduisent également leur exposition à l’ensemble du secteur, y compris aux sociétés disposant de bilans plus solides et de bénéfices établis.
Cette vague touche jusqu’aux plus grands gagnants du boom de l’IA. SK Hynix en fait partie, grâce à sa position de leader dans la mémoire à haute bande passante, un composant essentiel des processeurs d’IA de Nvidia. Le groupe avait rejoint le club des entreprises valant plus de mille milliards de dollars plus tôt cette année, avant qu’un net repli ne l’en fasse sortir. En juillet, il avait levé 26,5 milliards de dollars grâce à une cotation sur le Nasdaq sous forme d’American depositary receipts, l’une des plus importantes émissions d’actions de l’histoire.
Solidigm, spécialisée dans la mémoire flash NAND et les disques SSD, envisageait une cotation pour financer un projet d’usine de puces aux États-Unis, dans un contexte de forte demande de stockage pour les centres de données d’IA. Ce projet avait toutefois suscité l’opposition des régulateurs sud-coréens, qui s’inquiétaient de la protection des actionnaires. SK Hynix a affirmé que « cette décision ne reflète aucun changement dans les perspectives de croissance ou les besoins d’investissement de Solidigm », ajoutant qu’il continuerait d’évaluer d’autres options de financement.
La cotation en bourse perd de son élan
Les turbulences ont également frappé des entreprises déjà introduites en bourse. L’opérateur sud-coréen de cloud dédié à l’IA Elice a chuté de 32 % lors de ses débuts sur le Kosdaq, alors que son introduction avait suscité une demande environ 400 fois supérieure au nombre d’actions proposées. Le titre a ensuite rebondi de 30 %, ce qui illustre la volatilité qui touche les sociétés technologiques récemment cotées.
D’autres ont préféré renoncer. L’opérateur australien de centres de données Firmus, soutenu par Nvidia, a retiré son projet d’introduction en bourse de 5 milliards de dollars après une demande jugée faible de la part des investisseurs. L’entreprise a invoqué les conditions de marché et estimé que les modalités proposées ne reflétaient pas suffisamment ses perspectives de croissance. Elle compte désormais lever des fonds auprès d’investisseurs privés.
Le recul touche aussi d’autres secteurs. Le fabricant de bagues connectées Oura a reporté son introduction en bourse aux États-Unis en septembre, malgré, selon lui, une forte demande des investisseurs, en citant l’incertitude du marché.
Ces décisions interviennent dans un contexte de ralentissement des introductions en bourse. Selon RBC Capital Markets, le volume en dollars des dépôts de projets d’introduction dans le monde a diminué de 33 % en septembre par rapport à un an plus tôt. Pour Chris Weston, le niveau élevé des volumes d’échanges dans l’ensemble de l’écosystème de l’IA laisse penser que la pression vendeuse pourrait durer. Il écrit : « Rien n’est plus émotionnel qu’un marché en baisse où les acheteurs refusent de s’engager. Les vendeurs n’ont pas besoin d’un nouveau catalyseur lorsque la dégradation des cours encourage à elle seule davantage de ventes. »